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1347 - 1351
La Peste noire

En 1347, la millénaire Constantinople est frappée par une épidémie terrible de peste, venue des steppes de la Haute Asie, de la Sibérie et de la Chine (dès 1331).

Dans les mois qui suivent, Messine, Marseille, toute l'Afrique du Nord et la rive méditerranéenne de l'Europe sont touchées. Finalement, en quatre ans, l'ensemble du monde arabo-musulman et européen sont contaminés. Seules quelques enclaves sont épargnées (une partie de la Navarre pyrénéenne, le Milanais, la Bohème et la Pologne).

Le bilan est catastrophique : Le Caire, en Égypte, la ville la plus peuplée du monde arabe voit fondre sa population de un million d'individus à 300 000 ! Les ports de Hambourg ou de Brême sur la mer du Nord perdent 60 % de leurs habitants. A l'échelle de l'Europe et de la Méditerranée, la mortalité oscille entre un tiers et la moitié de la population en quatre ans.

La maladie se caractérise principalement de deux manières, qui affectent des sujets considérés comme sains : dans une première forme, le malade se plaint de multiples douleurs, notamment articulaires, ou de forts maux de têtes et d'une grosse fièvre ; des bubons apparaissent, douloureux et purulents, à l'aine, aux aisselles ou au cou le plus souvent, qui grossissent et empirent en quelques jours. Après un semblant d'amélioration, il se peut que le malade devienne confus et meure.

L'autre forme est pulmonaire, caractérisée par des douleurs vives dans la poitrine (du fait du développement d'un œdème pulmonaire aigu). La maladie se transmet très facilement par la toux et les crachats. Sous cette dernière forme, elle est mortelle pratiquement toujours.

A l'époque médiévale, on ne connaît ni la cause de cette maladie (la bactérie Yersinia pestis découverte seulement en 1894), ni la transmission par les rongeurs (rats, marmottes, gerbilles etc.). L'état primitif de la médecine et de l'hygiène, l'ignorance complète de la bactériologie, laissent une place démesurée aux interprétations fantaisistes (œuvre du Malin, annonce de l'Apocalypse, attribution fantaisistes et monstrueuses de la maladie aux pratiques "perverses" des Juifs, des hérétiques, des sorcières...).

Les conséquences sociales de cette pandémie se révèlent aussi terribles que la maladie elle-même. La vitalité de la très brillante civilisation arabo-andalouse est définitivement enraillée. Le Moyen-Âge européen, qui a connu auparavant des périodes d'expansion lumineuse et de grands progrès s'enfonce durablement dans une régression économique, politique, spirituelle et intellectuelle, au point de paraître deux siècles plus tard comme une période obscure de l'Histoire européenne.

Voici ce qu'en dit Ibn Khaldoun, témoin direct de l'épidémie en Tunisie :

 « Une peste terrible vint fondre sur les peuples de l'Orient et de l'Occident ; elle maltraita cruellement les nations, emporta une grande partie de cette génération, entraîna et détruisit les plus beaux résultats de la civilisation. Elle se montra lorsque les empires étaient dans une époque de décadence et approchaient du terme de leur existence ; elle brisa leurs forces, amortit leur vigueur, affaiblit leur puissance, au point qu'ils étaient menacés d'une destruction complète. La culture des terres s'arrêta, faute d'hommes ; les villes furent dépeuplées, les édifices tombèrent en ruine, les chemins s'effacèrent, les monuments disparurent ; les maisons, les villages, restèrent sans habitants ; les nations et les tribus perdirent leurs forces, et tout le pays cultivé changea d'aspect. » (texte cité par Yves Lacoste).

La Peste noire marqua aussi cruellement que durablement la fin d'un temps.

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