
380
L'Empire romain devient chrétien
« Édit des empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose Auguste, au peuple de la ville de Constantinople. Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s'engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donnée aux Romains - ainsi que l'affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu'à maintenant - et qu'il est clair que suivent le pontife Damase et l'évêque d'Alexandrie, Pierre, homme d'une sainteté apostolique : c'est-à-dire que, en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l'unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité. »
C'est en ces termes que Constantinople devient une capitale entièrement chrétienne, par la volonté des trois Empereurs, au 3° jour des calendes de mars 380 (27 février).
Cet édit est étendu à tout l'Empire le 24 novembre suivant avant d'être intégré aux Codes Théodosien (XVI 1,2) puis Justinien (I 1,1).
Ce texte consacre une évolution centenaire, après les dernières persécutons anti-chrétiennes autour de l'an 280, et l'édit de Milan promulgué par Constantin sur la plus complète liberté en matière de religion et de culte en 313. Le retour des Empereurs à la philosophie "païenne" sous le règne de Julien dit l'Apostat ne fut qu'une tentative sans lendemain. Derrière la proclamation de la religion chrétienne "nicéenne" (conforme aux décisions du Concile de Nicée, qui s'est tenu de mai à juillet 325), il ne suffit pas de voir une simple option personnelle mais le combat de la hiérarchie ecclésiastique pour supplanter les religions traditionnelles de l'Empire et une véritable lutte idéologique et politique. La religion catholique est alors majoritairement celle du petit peuple des villes, contre les religions traditionnelles empreintes de philosophie des élites et contre les pratiques "païennes" des ruraux (pagani).
Cette histoire ne s'arrête pas là. Sur près d'une décennie, la législation impériale se durcit contre le paganisme : fermeture des temples en 385, interdiction des sacrifices païens en public et en privé sous peine de mort (Édits de Milan du 27 février 391, d'Aquilée du 17 juin suivant, de Constantinople du 20 décembre de la même année). Cette année 391 voit de multiples émeutes entre chrétiens et païens et le début de la destruction des temples (celui de Sarapis à Alexandrie d'Égypte, par exemple). De ces temps, datent les persécutions des Catholiques contre les chrétiens d'autres confessions (les hérétiques, comme les Ariens par exemple) , les Juifs, les Samaritains et les païens.
Le Catholicisme, nicéen, devient la religion de l'Empereur et du pape, donc aussi la religion obligée de tous les Sujets de l'Empire. Le contrôle de l'Empire sur ses Sujets est censé être parfait. Dans un tel contexte, une immense régression intellectuelle se produit, semée de destructions massives (la Bibliothèque d'Alexandrie, probablement en 391 car elle attenait au temple de Sarapis), de tueries et de meurtres (terrible lynchage de la savante Hypatie en 415).