
1703
Fondation de Saint-Pétersbourg
Le 16 mai 1703 (calendrier julien ou le 27 mai en calendrier grégorien), le Tsar Pierre le Grand pose la première pierre de la forteresse Pierre-et-Paul. Il s'agit d'une fortification stratégique à l'embouchure de la Néva dans la mer Baltique, sur un site qui fut longtemps colonisé par les Suédois (dès le XIV° siècle). Au XVII° siècle, ils fortifient cette avancée aux portes de la Russie (sous le nom de Nyenschantz, c'est-à-dire "Fort de la Néva"). Pierre le Grand prend la forteresse abandonnée au début de la Grande Guerre du Nord (1700-1721).
Celle-ci opposait l'Empire suédois autour de la Baltique à une coalition de princes allemands et danois à laquelle s'était ralliée le Tsar. Mais alors que le roi germano-polonais Auguste II est défait par les Suédois, Pierre le Grand profite de cette guerre pour étendre ses conquêtes à la Finlande et aux pays baltes. La fondation de Saint-Petersbourg résulte donc d'abord d'un calcul de stratégie militaire. Pourtant, très vite, l'embouchure de la Néva présente de nombreux autres avantages : c'est un port sur la Baltique, longtemps libre de glace dans l'année et un site incomparable pour l'ouverture vers l'Europe occidentale. La fondation du fort de Saint-Pétersbourg suit également de cinq ans la "Grande Ambassade" du souverain russe à travers l'Europe.
Dès 1706, Pierre le Grand décide de construire une nouvelle capitale dans les marécages de l'embouchure. Cette année-là, 30 000 serfs sont assignés à l'assainissement du site et à la construction de la nouvelle ville. L'année suivante, ils sont 40 000. Pour faire face à la carence des maçons, Pierre le Grand interdit en 1714 pour toute la Russie la construction de bâtiments en pierre tant que les travaux de fondation de la nouvelle capitale ne sont pas achevés. La mortalité sur le chantier est considérable, du fait des fièvres, du scorbut et aussi de la famine qui y règnent, au point que les habitants ont coutume de dire que la ville est bâtie sur les squelettes de ses constructeurs : car la tradition veut que les fondations de la ville aient coûté la vie à 150 000 ouvriers. La menace suédoise est définitivement levée en 1709, après la terrible défaite de l'armée scandinave qui se conclut par la bataille de Poltrava (28 juin julien, 8 juillet grégorien), au terme d'une course poursuite entre les armées des belligérants de la Baltique à l'Ukraine.
L'année 1712 voit l'installation de toute l'aristocratie russe et des services de l'État dans la nouvelle capitale, encore en chantier. Les principales familles nobles de Moscou sont contraintes de s'installer à leurs frais et dans les conditions décidées par le Tsar. En 1714, la ville compte 50 000 logements de toutes catégories. En 1725, année de la mort de son fondateur, la capitale compte 75 000 habitants. La nouvelle ville, abandonnée par les successeurs immédiats de Pierre le Grand, redevient définitivement la capitale de l'Empire russe à partir du milieu du XVIII° siècle.
Au prix d'innombrables sacrifices et de la politique de fer de son concepteur, Saint-Pétersbourg a gagné sa renommée de "Palmyre du Nord" pour ses nombreux palais, de "Venise du Nord" pour son réseau de canaux qui enserre et domestique l'ancienne multitude des îles de l'embouchure et pour le style néo-classique de ses architectes français ou italiens du XVIII° siècle.
C'est pourquoi il faut aussi aimer Saint-Pétersbourg pour les vers que Pouchkine a écrit sur elle (dans "Le cavalier de bronze") et transcrits ainsi en vers français :
« Oui, je t’aime, cité, création de Pierre,
J’aime le morne aspect de ta vaste rivière,
J’aime tes dômes d’or où l’oiseau fait son nid,
Et tes grilles d’airain et tes quais de granit,
Mais ce qu’avant tout j’aime, ô cité d’espérance,
C’est de tes blanches nuits la douce transparence »